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Lettre sur un traducteur de grec classique (1384)

ACA,CANCILLERÍA,Registros,NÚM.1748, f. 121v Pulse para ampliar Lettre de Juan I à Juan Fernández de Heredia

La couronne d’Aragon et la redécouverte de la Grèce classique

Le schisme de 1054 entre les Églises de Rome et de Constantinople concrétisa l’éloignement progressif entre les héritiers des deux moitiés de l’ancien Empire romain. La redécouverte postérieure du monde byzantin (appellation moderne d’une société qui s’était toujours elle-même considérée comme « romaine ») et de son riche héritage grec se fit au rythme des échanges commerciaux en Méditerranée, des croisades en Terre Sainte ou encore des interventions militaires visant à freiner l’avancée des Turcs.

L’action de la Compagnie catalane et de ses célèbres Almogavres (1303-1306), ou la domination aragonaise sur les duchés d’Athènes et de Néopatrie (1318-1388), ont fait de la couronne d’Aragon l’une des voies de transmission de la culture grecque vers l’Occident. L’éloge de l’acropole d’Athènes de Pierre IV – dit le Cérémonieux – en est l’exemple le plus célèbre, mais pas le seul.

Juan Fernández de Heredia, grand maître de Rhodes et conseiller des rois

Entré très jeune dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, ou ordre des hospitaliers, l’Aragonais Juan Fernández de Heredia (ca. 1310-1396) entama une carrière politique qui le conduisit en 1379 jusqu’à la charge de Grand Maître de Rhodes, le plaçant à la tête de l’une des institutions les plus puissantes d’Occident. À ce poste, il s’impliqua dans la défense de la mer Égée chrétienne contre l’Empire ottoman, une mission qui lui valut des succès, mais aussi des défaites cuisantes et une longue captivité. Il fut en parallèle conseiller des rois Pierre le Cérémonieux et Jean le Chasseur.

Cependant, c’est pour le versant intellectuel de son existence qu’il nous est le plus connu. Sous son patronage, des livres de variés, traitant de différents sujets et issus de différentes langues et origines, furent collectés et traduits en aragonais médiéval. Annonçant la fascination de la Renaissance pour l’époque classique, la bibliothèque d’Heredia laissait voir un intérêt pour le monde hellénique. C’est ainsi que des œuvres telles que les discours de Thucydide sur la guerre du Péloponnèse (Ve s. av. J.-C.) ou les histoires des empereurs byzantins de Jean Zonaras (XIIe s.) sont parvenues en Europe occidentale par le truchement de traductions aragonaises.

Les splendides codex qui en résultent sont le produit du travail coordonné de copistes, miniaturistes, correcteurs et, surtout, traducteurs capables de traduire le grec classique dans une langue occidentale. Nous vous présentons ici un document qui révèle leur importance.

La lettre d’un roi chasseur et bibliophile

Pierre le Cérémonieux et son fils Jean maintinrent une correspondance suivie avec Heredia, dans laquelle étaient évoqués toutes sortes de sujets. Faisant honneur à son surnom, Jean accordait un rôle central à la chasse dans nombre de ses lettres, toujours désireux qu’il était d’avoir les meilleurs faucons et les meilleurs chiens.

Dans cette missive, qui voyagea du Roussillon à la mer Égée, outre ses préoccupations de chasseur, il nous parle d’une rumeur qui lui était parvenue : Heredia possédait dit-on un exemplaire des Histoires Philippiques de Trogue Pompée, et était accompagné d’un philosophe grec capable de le traduire du grec vers « notre langue » – comprenez, l’aragonais. L’infante le priait donc de lui envoyer l’ouvrage ainsi que toute autre traduction du philosophe ou, à défaut, ses copies.

Mais qui pouvait bien être ce « philosophe grec »? La traduction de Plutarque par Heredia nous donne la réponse et révèle un tortueux périple linguistique : le fameux philosofo grego était un certain Dimitri Talodiqui, installé sur l’île de Rhodes, et avait traduit le texte du grec classique vers le grec médiéval. Un dominicain ayant la charge d’évêque d’Andrinople l’avait ensuite traduit du grec médiéval vers l’aragonais, après quoi l’ouvrage avait finalement été traduit de l’aragonais vers l’italien. Il s’agit là de l’unique version conservée aujourd’hui.

Juan Fernández de Heredia, et avec lui la couronne d’Aragon, fut l’un des chaînons qui permirent que le savoir de l’antiquité se perpétue jusqu’à nos jours.

ACA,CANCILLERÍA,Registros,NÚM.1748, f. 121v

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